CORPS +

<

>

La perception de notre corps est de plus en plus axée sur l’image qu’il renvoie et interroge la notion même de performance. Pour répondre à cet idéal, l’homme investit la technique comme ce qui fascine, distingue et repousse nos limites. Pourtant, ce corps désormais augmenté tend à s’oublier lui-même, sa puissance objectivée dans la technique. Dès lors, comment montrer la puissance du corps en le respectant ? La relation entre corps et effort est particulièrement observable dans la course à pied. Le corps génère des matières visibles et invisibles, témoins de l’effort et qui peuvent être interprétées par le design.

 

Je propose un accompagnement sensible du corps en m’insérant à différents moments de la course et selon trois états du corps : un témoin de l’intensité physique par la mise en valeur des rythmes du coureur, un révélateur de bien-être à travers la visualisation d’hormones sécrétées lors de la course et un marqueur de l’effort qui sublime la production de sueur.

 

télécharger le mémoire

Le « corps rythmique » considère le corps comme une boîte à rythme. Les rythmes produits par le corps lors de l’effort. Cette partition musicale traduit la singularité des corps et convoque l’intimité et l’identité de chacun.

 

Ma recherche expérimentale s’est portée sur trois rythmes distincts : la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire et la foulée. Ces rythmes sont captés pendant l’effort et retransmis en temps réel au coureur lui-même. Cette recherche s’articule autour d’un cycle : captation des sons internes et retranscription par voie interne à l’aide d’un casque audio à vibration osseuse. L’augmentation ou la diminution du volume sonore permet d’apprécier plus ou moins un rythme.

 

En collaboration avec un ingénieur du son, j’ai réalisé un travail d’association entre rythme et son. L’univers musical convoque l’univers du corps. Cette recherche serait dédiée à un public recherchant une certaine régularité, un débutant ou un initié se préparant à une course. La séquence audio accompagne le coureur dans ses évolutions et progressions, principalement à l’échauffement ou à la récupération.

Fréquence cardiaque

Fréquence respiratoire

Foulée

Cette deuxième proposition s’articule autour d’un motif dont le but est de matérialiser la sécrétion d’endorphine, matière invisible produite au cours de l’effort. La sensation de bien-être et de plaisir qu’elle procure est souvent recherchée par les pratiquants. Elle se propage à partir d’une certaine intensité de l’effort, bien qu’elle ne soit ressentie qu’après.

 

Accompagnateur de l’effort, il se présente sous la forme d’une gélule contenant un capteur. On l’ingère avant la course. Elle est associée à un diffuseur intelligent qui répand de l’encre le long du bras, afin de signifier la production d’endorphine, synonyme de futur bien-être. L’encre, éphémère, est destinée à disparaître.

La sueur est un marqueur de dépense corporelle rarement assumé de nos jours. Cette matière est une chose que l’on cherche à contenir, à cacher, à dissimuler. Pourtant, elle représente physiquement une extériorisation psychique, une certaine libération du corps. Alors pourquoi ne pas lui conférer le statut de marqueur de l’effort, voire d’une certaine limite du corps par le biais d’un travail graphique?

 

Par un jeu de motifs, le corps qui travaille se révèle, s’altère et se transforme. Cette seconde peau souligne l’investissement du corps. Au cours du temps, le motif se complète et envahit la peau, lui donnant ainsi une nouvelle lecture. Il signale la frontière acceptable de l’effort.

Projet de diplôme
DSAA design de produit, Ecole Boulle

© Crédit photo : Oumeya El Ouadi

© 2017 Diane Barbier